Le Logement d’Abord est une approche qui vise à offrir un accès rapide au logement à des personnes très désocialisées pour faciliter et accélérer leur réinsertion sociale. Cette démarche s’appuie sur une nouvelle approche de la lutte contre le sans-abrisme qui vise une meilleure inclusion sociale des personnes : le logement étant vu comme la base de toute insertion.
Le Logement d'abord est une démarche inspirée par Sam Tsemberis, un psychologue gréco-canadien qui accompagne des personnes sans domicile dans les années 80. Il utilise le logement comme le moyen de stabiliser ces personnes en errance, victimes de maladies psychiques ou d’addictions.
Dans cette approche, un accès inconditionnel et rapide à un logement stable est ainsi offert aux personnes sans abri, en particulier celles qui sont en situation de grande précarité ou qui souffrent de problèmes de santé mentale ou d'addictions, considérant que le logement est un outil permettant à la personne de se stabiliser puis de gagner progressivement en autonomie.
Cette stratégie s’appuie sur le constat d’échec des moyens mis en œuvre pour la lutte contre le sans-abrisme. Elle rompt donc avec l'approche traditionnelle "en escalier" qui exige des personnes sans-abri qu'elles franchissent plusieurs étapes avant d'accéder à un logement pérenne.
Après avoir essaimée aux Etats-Unis, au Canado, en Finlande, cette démarche a été promue par les associations spécialisées en France et notamment par la Fondation pour le Logement, en raison de la place qu’elle donne à l’individu dans le dispositif mais aussi par son efficacité, puisqu’elle limite singulièrement les retours à la rue. Ce changement de culture a également gagné les services de l’Etat puisqu’un plan de développement quinquennal est mis en œuvre par le gouvernement français depuis 2018.
La philosophie du Logement d’abord repose sur un certain nombre de principes qui visent à ce que le logement soit mis au service de l’inclusion sociale du locataire :
Un certain nombre d’éléments distingue le logement de l’hébergement. Il y a d’abord des considérations techniques liée au bâti et à l’aménagement qui déterminent ce qu’est un logement mais également des considérations liée aux conditions d’accueil et au statut de l’occupant.
L’enjeu de la lutte contre le sans-abrisme est particulièrement d’actualité puisque selon le Rapport de l’Etat du Mal-Logement en France présenté par la Fondation pour le Logement en février 2025, 350 000 personnes sont sans domicile, en France. Entre 2012 et2024, ce nombre a augmenté d’environ 145 %. Et entre 2023 et 2024, 20 000nouvelles personnes sont sans domicile.
Selon la DIHAL (le service de l’Etat qui met en oeuvre cette politique publique) le nombre de logements attribué aux personnes en errance a doublé entre 2017 et 2021 mais stagne depuis pour s’établir à un peu moins de 11 000 par an.
Depuis 2017, 10 000 places nouvelles ont été créées en pensions de famille, un effort à la fois significatif et loin des enjeux en terme de volume. L’état très dégradé de la production de logement en France risque de ralentir encore la production de logements.
L’Eurométropole de Strasbourg fait partie des collectivités qui se sont portées volontaire pour expérimenter la politique du Logement d’abord, en partenariat avec l’agence immobilière sociale H&H Gestion Alsace et l’association l’Îlot spécialisée dans l’accompagnement social des personnes très désocialisées, vivant à la rue. La foncière solidaire Soliko, propriétaire de plusieurs immeubles à Strasbourg, loue une partie des logements à l’association l’Îlot selon le mécanisme de l’intermédiation locative.
La prise en charge des personnes en errance s’engage directement dans la rue puisqu’une équipe de 5 travailleuses et travailleurs sociaux et 2 infirmières interviennent directement sur les lieux de manche pour envisager un accès au logement (20 sont disponibles sur le territoire métropolitain).
Contrairement aux conditions d’entrée pratiquées dans l’hébergement d’urgence et un certain nombre de structures sociales, la personne peut accéder au logement, qu’elle soit en couple ou seule, avec ou sans animaux, avec ou sans problématiques associées à des addictions ou à des pathologies mentales.
L’accompagnement débute 6 mois avant l’entrée dans le logement. L’équipe de travailleurs sociaux accompagne la ou le futur locataire autour de la gestion de l’appartement, du savoir-vivre avec ses voisins, de la gestion du budget mais également dans ses démarches d’accès aux droits, en particulier pour bénéficier d’aides financières.
La personne entre ensuite dans le logement dont l’agence immobilière sociale assure la gestion locative et elle est accompagnée dans ses démarches médicales, d’accès à l’emploi pendant toute la durée de sa présence avec un objectif de prévention pour limiter les ruptures et assurer le maintien dans le logement.
Grâce à la foncière solidaire Soliko spécialisée dans le logement d’insertion, qui possède une partie des logements, la présence des locataires peut se faire sur le temps long, condition obligatoire pour garantir leur insertion sociale. Avec deux ans de recul, les résultats sont bons : il n’y a eu aucune expulsion et un seul cas problématique a été traité à l’amiable grâce à l’accompagnement social.
La mise en œuvre du Logement d'abord implique une coordination étroite entre différents acteurs : services sociaux, bailleurs sociaux, services de santé, et associations. Elle nécessite également une mobilisation importante de logements, qu'ils soient issus du parc social ou du parc privé.
L’évaluatuion de l'expérimentation lancée en 2018 démontre l’efficacité du dispositif qui s’impose comme une réponse efficace au sans-abrisme pour plusieurs raisons :
Si l’efficacité du Logement d'abord est prouvée dans de nombreux pays (Finlande, Pays-Bas), comme en France, sa mise en œuvre est confrontée à des défis financiers et structurels.
Enfin, malgré l'organisation d'une grande consultation nationale, le Conseil National de la Refondation sur le Logement, quelques annonces successives par les différents ministres qui se sont succédés depuis 2023 (diminution de la Réduction du loyer de solidarité, baisse du livret A : mesures qui contribuent à dégager des marges de manœuvre financières pour les bailleurs sociaux), aucun plan d’action d’ampleur n’a été adopté pour faire redémarrer la production des acteurs de l’habitat social en France.
L'engagement de la foncière solidaire Soliko dans des projets tels que celui porté dans la métropole de Strasbourg comme dans d'autres territoires illustre la nécessité d’une collaboration entre les acteurs publics(en particulier les collectivités et les services de la DIHAL) les acteurs privés solidaires (notamment les foncières agréées ESUS) et associatifs pour développer le Logement d’abord à l’échelle des agglomérations et métropoles françaises.
En investissant dans l'acquisition de logements en centre-ville et en soutenant un accompagnement social adapté, Soliko met au service des porteurs de projets l’épargne solidaire d’investisseurs patients en recherche d’un fort impact social. Par son engagement de long terme et sa compréhension des difficultés inhérentes à l’accompagnement de publics très précaires, Soliko contribue à l'intégration durable des personnes sans-abri dans la société.