Le secteur de l’économie sociale et solidaire regroupe les associations mais aussi les mutuelles, les coopératives ou les fondations. Leur point commun, c’est de mettre en premier la recherche d’une utilité sociale, devant la rentabilité économique.
Au-delà de son impact social majeur dans le logement, l’alimentation, le développement durable des territoires et la transition écologique, le secteur de l’économie sociale et solidaire joue également un rôle économique majeur.
Selon ESS France et son Observatoire National de l’ESS, l’économie sociale et solidaire représente :
· 430 000 associations et fondations
· Plus de 150 000 entreprises dont 4 000 sous forme coopérative
· 2,7 millions de salariés, soit 13,7% des emplois privés.
· 10% du PIB, soit environ 30 milliards d’euros
Dans cet entretien réalisé lors de l’assemblée générale de Soliko, le 3 février 2026, Caroline Germain, directrice de l'ADASI, présente les enjeux auxquels les associations et structures de l’économie sociale et solidaire doivent faire face aujourd’hui et la manière avec laquelle ils peuvent y faire face.
L'ADASI est une association cofondée par le Mouvement Associatif, l’AVISE et Le Rameau en 2014. C'est une structure dédiée au conseil en stratégie. Son ambition, c’est d’aider des dirigeants, qu’ils soient salariés ou bénévoles, à se projeter dans l'avenir, à identifier leur plan stratégique, à rendre leur structure et leurs actions plus robustes.
Soliko : Le secteur de l’économie sociale et solidaire, et en particulier les associations sont aujourd’hui mises à rude épreuve. Comment tu vois ça depuis ton poste d'observation privilégié ?
Caroline Germain: C’est assez banal de le dire, le secteur associatif est aujourd’hui très largement fragilisé. Successivement, elles ont traversé la crise Covid, la raréfaction et la transformation des financements publics, où l’on passe des logiques dites de subventions à des logiques de commande qui viennent transformer très significativement leurs ressources et diminuent leur capacité à innover.
Et dans le même temps, on est à un moment, où le monde associatif fait face à des besoins qui sont exponentiels avec une pauvreté qui augmente, avec l'Etat et les collectivités qui diminuent leurs financements.
C'est pour cela que la question des modèles socio-économiques ou la stratégie de moyens de ces structures, n'a jamais été aussi importante. Elle nécessite de déterminer quelles sont les richesses humaines qui permettent de mener le projet ?
Ces richesses, elles peuvent être de différentes natures, bénévoles et pas uniquement salariées, de services civiques parfois, ou à travers tous les leviers de financement qui existent (prestation, subvention, logiques partenariales). Tout cela bouge. On observe que le secteur a besoin de se réinventer et de redéfinir ses stratégies de moyens, au service de ses projets.
Soliko : Et qu’est-ce que tu imagines comme pistes pour cette réinvention ?
Caroline Germain : La fragilité du secteur se traduit dans les indicateurs financiers. Les niveaux de trésorerie, de fonds propres sont de plus en plus inquiétants. Nombre d'accompagnateurs du monde associatif aujourd’hui se questionnent sur le développement de dispositifs spécifiques d'accompagnement, de rebond. Pour passer le cap, au-delà des aspects financiers, il est nécessaire pour les structures d’élaborer une pensée stratégique. Parce que quand on est dans un temps complexe, il faut essayer de penser un peu différemment, ouvrir les horizons sur le champ des possibles, pour redonner du pouvoir d'agir aux dirigeants.
On retrouve également des choses très encourageantes dans ce monde, avec des éléments importants à prendre en compte et que l’on a tendance à laisser de côté. D'abord, les désirs d'engagement n'ont jamais été aussi importants, même s’ils ont du mal à s’incarner. Ce n’est pas si simple aujourd'hui de permettre le bénévolat, il a beaucoup changé dans le temps, mais il y a quand même des désirs d'engagement très importants. C’est ce qu’on peut lire notamment dans le baromètre 2026 de France Bénévolat. Parmi les dernières publications sur la recherche et la solidarité, alors que l’on était face à une stagnation de l’entreprenariat social et associatif, elles ont montré qu’en 2025, on voit une dynamique associative et de création associative qui n’a jamais été aussi importante.
Pour résumer : on a un secteur en fragilité, certes, on a des défis très importants et on sait que ce secteur répond à des besoins auquel nul autre, que ce soit l'entreprise, que ce soient les pouvoirs publics, n'a la capacité de répondre sur le territoire. Mais il y a aussi des choses extrêmement positives, avec des désirs d'engagement et une vitalité entrepreneuriale qui est extrêmement intéressante sur nos territoires.
Soliko : De ton point de vue, comment peut-on accompagner cette transition ?
Caroline Germain : D'abord, je crois très profondément que si ces projets d’intérêt général ou ces projets à impact ont besoin d’investissements, ils ont également besoin d'une ingénierie, c’est-à-dire de la méthode, de l’expertise, à la hauteur de leurs missions. Il n'y a pas de raison que quand les projets sont très bons, très innovants comme certaines startups, les fonds d'investissement, les collectivités puissent investir aussi dans l'ingénierie et qu'ils refusent de le faire pour les projets des associations. Il est temps que nos projets à impact, qui sont sans doute les plus complexes, aient aussi accès à ces ingénieries de qualité.
Il y a également un enjeu à spécialiser l'accompagnement. Il y a le besoin d’avoir des expertises variées, qui se complètent. Il faut sortir de l’accompagnement "couteau suisse". C’est pour cela que l'ADASI travaille avec Soliko : pour ajouter une ingénierie avec un regard immobilier. Avec deux regards, on vient articuler nos compétences de manière intéressante, complémentaire pour permettre à un dirigeant de comprendre à la fois la manière dont il se projette et de permettre les projets qui doivent se traduire dans des lieux physiques, des locaux, des bureaux. C’est très important aujourd’hui, car les coûts liés à l’immobilier (loyer, charges d’énergie) ont explosé ces dernières années. Et le cœur de métier des dirigeants associatifs, ce n’est pas de faire de l'immobilier. Pourtant, les choix immobiliers ont des répercussions sur le modèle économique, notamment quand celui-ci est très contraint. Il y a donc un vrai enjeu à penser projet social, modèle économie et stratégie immobilière dans le même temps.
Merci à Caroline pour son témoignage !
